
OTTAWA
Le gouvernement du premier ministre Mark Carney a déposé un budget de 142,1 milliards de dollars jeudi, axé sur des incitatifs fiscaux pour les entreprises et des mesures d'accessibilité financière, tout en prévoyant des déficits supérieurs à 50 milliards de dollars pour les quatre prochaines années.
Le ministre des Finances, François Philippe Champagne, a dévoilé les nouveaux incitatifs fiscaux, les dépenses et autres mesures sur cinq ans à la Chambre des communes.
« Avec ce budget, nous allons bâtir l'économie la plus forte du G7. Nous allons rendre la vie plus abordable pour les Canadiens », a déclaré M. Champagne dans un discours. « Et nous allons défendre notre souveraineté tout en célébrant qui nous sommes. »
Le budget prévoit un déficit de 62,3 milliards de dollars pour l'exercice en cours, soit 3 milliards de moins que les prévisions du printemps dernier.
Cependant, il ne montre aucun chemin vers l'équilibre, avec des déficits projetés à plus de 50 milliards de dollars pour chacune des quatre prochaines années.
Selon le document budgétaire, les revenus du gouvernement sont beaucoup plus élevés que prévu, mais le premier ministre a choisi de dépenser cette manne plutôt que de l'épargner.
La nouvelle mesure la plus coûteuse est la méga-déduction pour la productivité de 36,1 milliards de dollars, annoncée précédemment, visant à encourager l'investissement des entreprises.
M. Champagne a décrit ce budget comme « la refonte la plus complète des incitatifs aux entreprises depuis des générations ».
En matière d'accessibilité financière, le gouvernement prévoit dépenser 4,6 milliards de dollars supplémentaires pour le remboursement de l'épicerie et 11,2 milliards de dollars sur cinq ans pour mettre le Canada sur la voie de l'élimination de l'itinérance d'ici une décennie.
Il propose également 26,6 milliards de dollars de nouveaux fonds pour la réconciliation avec les Autochtones, dont une grande partie ira aux infrastructures hydrauliques, au logement, à l'éducation ainsi qu'aux enfants et aux familles.
Les frais de la dette dépasseront les dépenses en santé
À partir de cette année, le budget montre que le Canada dépensera plus pour le service de la dette que pour les transferts en santé aux provinces.
Il prévoit 60,2 milliards de dollars pour le service de la dette du Canada cette année, contre 57,4 milliards de dollars budgétés pour les soins de santé.
D'ici 2030, environ 12 cents de chaque dollar d'impôt serviront au service de la dette.
Interrogé sur l'augmentation des coûts, M. Champagne a soutenu qu'ils restaient gérables.
« Nos frais de la dette publique restent faibles selon les normes historiques », a-t-il déclaré. « La maison est en ordre. Nous avons une position budgétaire solide, et cela nous donne la force de bâtir. »
L'économiste Don Drummond de l'Université Queen's a déclaré que le fardeau croissant de la dette limitera les options du gouvernement.
« Le gouvernement, au nom des Canadiens, est fortement endetté, et ce budget ne fait rien pour réduire cela », a affirmé M. Drummond.
Le budget détaille également 9,4 milliards de dollars supplémentaires de nouvelles dépenses annoncées depuis le printemps, dont 1,5 milliard de dollars sur cinq ans pour le projet de remplacement du tunnel George-Massey en Colombie-Britannique.
Le programme de la Sécurité de la vieillesse demeure le poste de dépense le plus important, avec un coût projeté de 89,4 milliards de dollars cette année, qui devrait atteindre 109,5 milliards de dollars en 2030-2031.
Paul Kershaw, professeur à l'Université de la Colombie-Britannique, a déclaré que ces dépenses limitent les mesures d'accessibilité financière majeures pour les jeunes générations.
« Les investissements en matière d'accessibilité financière sont en fait assez frappants pour les aînés que nous aimons, mais nettement plus modestes pour leurs enfants et petits-enfants », a-t-il déclaré jeudi.
Le budget a été critiqué à la fois par l'opposition officielle conservatrice et par les néo-démocrates.
« Le ministre aurait plus justement intitulé ce budget “maîtrisé par la dette” », a lancé le chef conservateur Pierre Poilievre, jouant sur le nom officiel « Maîtres de notre destin ».
« C'est un budget de carte de crédit coûteux que les Canadiens ne peuvent pas se permettre, et les conservateurs voteront non », a-t-il dit.
Le chef du NPD, Avi Lewis, a déclaré que le budget accordait trop d'aide aux grandes entreprises.
« Où est la méga-déduction pour ma facture d'épicerie ? Où est la méga-déduction sur ma facture de téléphone cellulaire, sur mon loyer ou mon prêt hypothécaire ? Elle est portée disparue », a déclaré M. Lewis.
Le budget met également moins l'accent sur les cibles de réduction des émissions, se concentrant plutôt sur des incitatifs pour développer l'économie propre.
La chef du Parti vert, Elizabeth May, a critiqué ce changement. « Il ignore presque complètement la nécessité de se préparer aux changements climatiques, et dit très explicitement que nous ne nous intéressons plus aux cibles », a déclaré Mme May.
Le budget répond aux appels des groupes d'affaires pour un allégement fiscal. e2gold.ca rapportait cette semaine que les petites entreprises réclamaient des réductions d'impôt et un allégement des droits de douane avant le budget.
Cet article a été rédigé par la salle de rédaction d'e2gold.ca à partir des reportages de BNN Bloomberg et CTV News. Les citations, traduites de l'anglais, sont vérifiées par rapport à ces reportages.